Bendy and the Ink Machine: La Petite Sensation Horrifiante de la Scène Indie

Si l’on s’intéresse à la scène Indie, gamejolt.com et indiedb.com sont deux références en termes de plateformes pour les développeurs indépendants qui souhaitent diffuser leurs créations au grand public. Sans débourser un sou, ceux-ci peuvent partager leurs jeux et demander aux communautés ce qu’elles en pensent dans le but d’améliorer leur bébé. Même si ces sites sont ouverts à tout le monde, leur système de classement permet aux perles rares de se démarquer du lot. On peut rapidement nommer SCP – Containment Breach, Slender: The Eight Pages ou Spooky’ Jump Scare Mansion comme des titres indépendants qui ont fait bouger la toile par leur originalité et la capitation qu’ils ont suscité auprès des communautés de joueurs.

Or, il n’est pas chose facile de développer un succès qui fera une sensation monstre. Ces plateformes reçoivent un flot continuel hebdomadaire de plusieurs centaines de jeux d’une communauté de développeurs qui ne cesse de grandir. S’il fallait être riche (ou avoir trop de chance) en 1962 pour développer Spacewar! avec un ordinateur PDP-1 coûtant 120 000 $, n’importe qui peut, de nos jours, développer un jeu sans y mettre trop d’argent. Tout ce qu’il faut c’est un ordinateur, un minimum de connaissance technique et une bonne idée – le plus difficile étant souvent la bonne idée.

“I summon you, ink demon! Show your face and take this tender sheep!” — Sammy Lawrence, dans Bendy and the Ink Machine – Chapitre 2.

Comme les jeux nommés plus haut, Bendy and the Ink Machine est l’une de ces bonnes idées. Développé par TheMeatly et sorti le 10 février 2017 sur Game Jolt, ce jeu d’horreur propose au joueur d’incarner Henry qui, à la demande de son ancien associé Joey Drew, retourne à son ancien studio de SillyVision. Le joueur est alors plongé dans un univers unique des premiers temps de l’animation sous un contexte horrifique. On peut y reconnaître plusieurs références comme le style artistique de Bendy qui ressemble à celui d’Oswald et de Mickey Mouse de Disney, ou encore les inspirations du personnage de Boris le loup qui ressemble énormément à celui dans « Pigs in a Polka » (1943) de Friz Freleng. Quelles soit connues ou non du joueur, toutes ces références créent une atmosphère cohérente et singulière où les moindres détails (des projecteurs 35mm jusqu’aux affiches) rendent hommage à cette époque.

On prend donc un malin plaisir à explorer le studio SillyVision. Les vieux bureaux avec les esquisses de Bendy captent l’imaginaire qui, petit à petit, construit un univers unitaire et profondément immersif. L’ambiance lourde rappelle sous plusieurs coutures celle d’Amnesia: The Dark Descent qui, comme Bendy, offre un terrain de jeu où tout semble en communion sans détails ressortant du décor. Le passé des lieux se voit renchéri avec les enregistrements cassette à la Bioshock qui construisent petit à petit le lourd passé du studio. On sait que quelque chose de grave et d’unique s’est déroulé ici et il est plaisant de suivre les traces qui ont amené le studio dans sa déchéance.

Cependant, chaque jeu vient avec son lot de faiblesses. Ici, c’est la jouabilité qui fait ressentir une carence en quelque chose; quelque chose qui manque sans réellement sauter au visage. Si l’on prend une joie perverse à dénicher tous les petits racontars du studio, il n’y a pas tant à faire à part explorer: les portes sont pour la majorité inaccessibles, le terrain est assez petit, les énigmes sont relativement simples et les interactions environnementales sont très limitées. Même l’aspect combat qui apparait dans le second chapitre contingente beaucoup le joueur par sa simplicité d’utilisation. Pour reprendre l’exemple précédent, Amnesia n’avait également pas de mécanisme de combat touffu ni de grande surface à explorer. Pourtant, le titre a construit une immersion exceptionnelle avec ses autres mécanismes. Frictional Games développait depuis Penumbra : Overture, leur premier jeu, plusieurs outils d’exploration bien pensés: la barre de santé mentale, l’utilisation de la lanterne ou des allumettes, de l’huile, de l’absence de moyen de défense et la construction des niveaux sont des aspects parmi tant d’autres qui créent l’expérience unique et complète d’Amnesia. Bendy propose également un univers avec un potentiel énorme, mais n’offre pas les outils qui permettraient aux joueurs d’en profiter à fond.

Allo? Puis-je entrer?

La longueur du titre vient également ternir son éclat avec un temps de jeu d’une trentaine de minutes par chapitre. À l’origine gratuite dans l’idée de TheMeatly qui cherchait seulement à tâter le pouls de la communauté pour savoir si son idée valait le temps consacré, il n’y avait aucune raison d’en attendre plus. Une belle expérience de trente minutes sans aucuns frais, on ne s’en plaint pas! Par contre, on peut s’attendre à plus pour le second chapitre qui même si plus long que le premier, peut facilement se terminer en moins d’une heure. À 5,99$ par chapitre, soit 24$ pour les quatre chapitres payants, l’aventure devient un peu dispendieuse pour une communauté habituée à pouvoir payer le montant qu’ils ou elles désirent afin d’encourager leurs développeurs favoris.

Malgré cela, le jeu semble flotter sur sa lancée. Avec un suivi dépassant les 10 000 joueurs sur Game Jolt et un succès sur Steam Greenlight, Bendy and the Ink Machine est monté à la première place du podium de la plateforme indie en quelques mois. Markiplier (17 millions d’abonnés) et Jacksepticeye (15 millions d’abonnés), pour nommer deux gros noms de la scène YouTube des Let’s Player, ont joué aux titres et ont aidé à propager à grande échelle le petit quelque chose qui fait la popularité du jeu. Si vous souhaitez explorer un univers magnifiquement rendu, Bendy vous attend et il est prêt à vous recevoir dans son antre d’encrier.

8/10

Christopher Ravenelle

Christopher Ravenelle est un aspirant chercheur en jeux vidéos. Il est aussi heureux propriétaire d'une chaîne Youtube. Allez le voir!

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